5 décembre 2025
Lorsqu’on pense à la colocation, l’image de jeunes étudiants partageant des pâtes dans une cuisine encombrée nous vient souvent à l’esprit. Pourtant, depuis quelques années, un nouveau visage apparaît : celui de femmes et d’hommes de 60 ans, 70 ans, voire de plus de 80 ans, qui font – eux aussi – le choix de partager un toit. D’après une enquête de l’Ifop (2023), près de 15% des seniors français se déclarent ouverts à la colocation, et plus de 60 000 personnes de plus de 60 ans pratiqueraient déjà ce mode de vie (source : Fondation de France, rapport 2023).
Ce n’est pas un hasard. Les attentes, les profils, mais aussi les motivations, sont multiples et parfois inattendues. Qui sont vraiment ces seniors qui se lancent, et qu’est-ce qui les pousse à franchir cette étape ? Autant de questions auxquelles je vais m’atteler ici, sans langue de bois, mais avec le regard positif et lucide qui fait la force de notre génération.
La première chose qui frappe, quand on rencontre des seniors en colocation, c’est la variété des profils. Il n’y a pas “un” senior type, mais plusieurs parcours, modes de vie et aspirations. Voici les trois grands groupes que j’observe le plus souvent :
D’après le baromètre de la Fédération Nationale de la Colocation Sénior (2022), le profil moyen du colocataire senior est une femme (63%), âgée de 65 à 75 ans, ancienne enseignante, infirmière ou cadre, aux revenus modestes mais stables.
Selon l’INSEE, près d’un senior sur quatre vit seul en France après 65 ans. La solitude, c’est le coup de massue silencieux du grand âge. Pour beaucoup, la colocation, c’est la réponse humaine là où les tablettes numériques et appels distants n’apportent qu’un réconfort limité.
Comme me confiait une ancienne colocataire croisée lors d’un atelier à Dijon : “Vivre à quatre, c’est se sentir exister, même quand on n’est pas au mieux.”
Les chiffres sont parlants : la pension moyenne en France s’élève à environ 1 509€ nets par mois pour les retraités du privé (source : DREES, 2023). Difficile de supporter un loyer ou les charges qui explosent, surtout après une séparation.
La colocation n’est donc pas que “choisie” : c’est parfois la seule option pour ne pas finir isolé dans un petit studio.
On sent ici un vrai paradoxe de notre société : on vante l’autonomie, mais, dans les faits, beaucoup de seniors aimeraient pouvoir compter sur quelqu’un, sans pour autant dépendre de leurs enfants ou du système d’aides à domicile.
D’après le dernier rapport de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale (2022), 68% des seniors interrogés voient dans la colocation une façon de “prolonger leur autonomie grâce à la solidarité du groupe”.
Nombreux sont ceux qui redoutent de devoir “laisser la main” sur leur mode de vie en intégrant une résidence ou un EHPAD. La colocation, c’est garder le contrôle : on choisit ses colocataires, ses habitudes, et même la déco du salon ! Pour beaucoup, c’est un acte militant, une manière de continuer à décider.
| Profil | Âge moyen | Situation | Motivation principale |
|---|---|---|---|
| Veuve active | 72 ans | Retraitée, enfants adultes, autonomie complète | Compagnie, sécurité nocturne |
| Divorcé récent | 65 ans | Pension modeste, transition professionnelle | Économie, nouveau départ |
| Pionnier solidaire | 68 ans | Ancien cadre ou enseignant, investit dans l’associatif | Sens du collectif, envie de “donner” |
| Célibataire de longue date | 70 ans | Sans enfant ou famille éloignée | Prévenir l’isolement, entraide |
Même si chaque parcours est unique, il existe des constantes : feminité, âge autour de 65-75 ans, et souvent une expérience de vie marquée par les épreuves, mais aussi par l’envie de rebondir.
Beaucoup hésitent entre colocation, résidence autonomie et habitat inclusif. Alors, pourquoi ce choix ?
Pour preuve, selon le rapport de l’ADIL (2022), le coût moyen d’une chambre en colocation senior tourne autour de 450 à 650 € par mois, contre 1 600 € à 2 300 € en résidence services seniors.
Pour finir, quelques visages rencontrés lors de mes ateliers ou suivis par les associations partenaires :
Choisir la colocation, ce n’est jamais un choix anodin. C’est le fruit d'une réflexion mûrie, parfois d’un événement marquant, mais toujours d’un désir de vivre autrement ses années de retraite. Pour bien commencer :
La colocation, c’est avant tout l’audace de se réinventer… à tout âge. Et si, finalement, le plus beau projet, c’était simplement d’offrir et de recevoir un peu d’amitié autour d’une table partagée ?