6 février 2026
C’est le modèle le plus direct et, je dirais, le plus “naturel”. Ici, plusieurs personnes d’un âge similaire — souvent autour de la soixantaine ou plus — décident tout simplement de partager un logement pour éviter l’isolement, mutualiser les frais et garder une vie sociale stimulante sans renoncer à leur liberté.
Ce modèle s’est popularisé grâce à des sites spécialisés comme Colocation Adultes ou Appartager, qui proposent aujourd’hui une rubrique “colocation seniors” à part entière.
En 2023, selon le baromètre Guy Hoquet, la colocation seniors a vu son nombre d’annonces progresser de 18 % par rapport à 2021. On y trouve souvent des profils de veuves, de célibataires ou de couples souhaitant partager leurs grands espaces devenus trop vides.
Là, on ajoute une touche d’entraide à la “coloc’”. Ce modèle, encouragé par certains acteurs associatifs et collectivités locales, s’articule autour d’un projet de vie commun, où les personnes s’engagent formellement à se soutenir les uns les autres.
Ce modèle a été mis en avant par le programme Habitat innovant : dans certains quartiers pilotes de grandes villes (Toulouse, Nantes), les collectivités soutiennent financièrement ces habitats partagés quand ils s’inscrivent dans une logique de solidarité locale.
Selon le rapport de la Fondation de France (2022), un senior sur trois exprime le désir de “rester utile” via des activités menées au sein de sa colocation. Ce modèle solidaire répond parfaitement à cette attente.
C’est un modèle un peu à part, mais de plus en plus répandu, notamment dans les grandes agglomérations. Il s’agit de faire cohabiter des seniors (souvent propriétaires de leur logement) et des jeunes (étudiants ou jeunes actifs) en quête de logement abordable.
Ce modèle concerne environ 10 000 colocations actives en France en 2023 selon Le Monde, avec une augmentation notable depuis la crise du logement étudiant et l’augmentation des loyers en ville. Cela permet au senior de rompre l’isolement et de rester chez lui. Et au jeune de loger décemment à prix correct.
L’habitat participatif, c’est un peu la “coloc’” sur-mesure. On y réfléchit, dès le départ, à une façon de vivre ensemble qui sort du schéma classique d’un appartement ou d’une maison partagés entre 2 ou 3 personnes. Ici, ce sont parfois 8, 12, voire 20 résidents qui co-conçoivent le projet, dès les plans du bâtiment, pour coller à leurs besoins : accès PMR, salle commune, chambres d’amis, jardin potager collectif…
Ce modèle se développe grâce à des réseaux comme Habitat Participatif France ou le mouvement “les Babayagas”, créé à Montreuil — où une vingtaine de femmes retraitées se sont réunies pour bâtir leur propre résidence solidaire, autogérée et féminine.
D’après l’INSEE (2023), près de 8 000 personnes de plus de 60 ans vivent aujourd’hui dans un habitat participatif ou une façon collective d’habiter, un chiffre en hausse de 12 % sur quatre ans.
| Modèle | Profil des habitants | Caractéristiques | Engagement | Exemples de structures/associations |
|---|---|---|---|---|
| Colocation simple | Seniors autonomes recherchant la convivialité | Chambres privées, espaces partagés, gestion souple | Modéré | Appartager, Colocation Adultes |
| Colocation solidaire | Seniors voulant s’impliquer | Charte, entraide quotidienne, activités | Élevé | Habitat Innovant, Fondation de France |
| Colocation intergénérationnelle | Seniors + jeunes | Loyer adapté, services, convention | Variable | Ensemble2Générations, Colocation St Bernard |
| Habitat participatif | Seniors engagés, parfois familles | Projet sur-mesure, autogestion, implication financière | Très élevé | Habitat Participatif France, Les Babayagas |
Même s’ils sont encore peu nombreux sur le territoire, certains modèles inspirés de l’étranger commencent à faire parler d’eux en France.
Si on en croit une étude du Credoc datée de 2023, 28 % des seniors français aimeraient une colocation autour d’un projet ou d’un centre d’intérêt partagé, même si, pour l’heure, l’offre reste marginale.
Il n’y a pas un modèle meilleur qu’un autre. Tout dépend de sa personnalité, de ses envies de lien social, de ses limites aussi. Pour mieux s’y retrouver, voici, sous forme de liste, les avantages souvent cités par les habitants — et les petites précautions à prendre selon le type de colocation.
D’ailleurs, une enquête menée par l’association Les Audacieux (2023) montre que 92 % des seniors en colocation se disent satisfaits de leur choix, surtout quand les règles de vie ont été posées dès le début.
La colocation, on le voit, n’est pas un modèle unique mais une palette de solutions à imaginer selon ses goûts, sa bourse et ses projets. Et le mouvement ne cesse de s’amplifier : selon le ministère délégué à l'Autonomie, il y avait à peine 2 000 colocations seniors recensées en France en 2017, contre plus de 6 500 aujourd'hui, toutes formules confondues (chiffres 2023). Cela reste marginal par rapport au million de personnes âgées dites isolées… Mais l’élan est là, et la créativité aussi.
Rester curieux, oser pousser la porte d’une coloc' ou d'un habitat participatif près de chez soi, discuter avec d’autres seniors qui ont sauté le pas… Entre le simple partage d’un logement et l’aventure collective, chacun peut trouver ce qui lui ressemble.
Car, oui, la colocation entre seniors, c’est bien plus qu’une solution pratique : c’est, tout simplement, une belle invitation à continuer à vivre ensemble, à réinventer son quotidien, et à ne jamais cesser de construire des projets… Même (et surtout !) après soixante ans.